Chicago Roamers : les filles de Chicago savent aussi jouer

Le 08 août 2025 à 11:51 par David Carroz

Chicago Roamers - les filles de Chicago savent aussi jouer
Source image : TrashTalk via ChatGPT

Si Chicago perd un peu de son influence au sein de la communauté afro-américaine après la guerre au profit de sa rivale Harlem en pleine Renaissance, les succès des Wabash Outlaws ont mis un coup de projecteur sur le basketball à South Side. Et les garçons ne sont pas les seuls concernés par cet engouement. Les filles aussi tâtent de la balle orange, avec en première tête d’affiche les Chicago Roamers, ou Roamer Girls.

Entre 1910 et 1920, la communauté afro-américaine a plus que doublé, passant de 44 000 à 100 000 – et de 2% à 4% de la population de la Windy City – sans pour autant pouvoir sortir de la Black Belt – South Side et West Side. Des quartiers surpeuplés qui n’ont vu aucune construction immobilière pendant la guerre pour supporter cette explosion démographique.

Les tensions raciales sont toujours présentes et rythment la vie des Afro-américains. En parallèle, le taf de Sanda Berenson – qui a féminisé le basketball quelques mois après son invention par James Naismith – a permis à la balle orange de trouver son public chez les filles : moins violent que le football américain, plus facile et moins cher à pratiquer que le baseball, il fait son trou dans les écoles. Dans celles un minimum intégrées de Chicago, cela touche donc les jeunes Afro-américaines. Et forcément, à mesure que la Grande Migration alimente la ville, elles sont plus nombreuses à jouer, rendant ce sport plus compétitif.

Sauf qu’une fois le cap scolaire passé, la mixité s’étiole, du moins au sein d’une même équipe. Comme chez les garçons, on se regroupe donc pour former des Black Fives au féminin. Le premier à faire parler de lui est celui des Chicago Roamers, mis sur pied en 1921 par Sol Butler. Pas n’importe qui donc, car s’il tâte lui-même de la balle orange, c’est avant tout sur les pistes d’athlétisme qu’il s’est fait connaître. Favori des Jeux Olympiques d’Anvers en 1920 pour le saut en longueur, une blessure au tendon d’Achille ruine ses chances de victoire. Dans les années vingt, il slalome entre basketball et baseball pour continuer d’exploiter ses capacités athlétiques et transmettre sa connaissance du sport de haut niveau.

Le Black Five féminin naît au sein de la Grace Presbyterian Church’s Sunday School. Comme souvent, c’est dans un regroupement spirituel que la formation d’une équipe s’opère, les églises restant le lieu de sociabilisation numéro un pour la communauté afro-américaine. La preuve, le premier adversaire affronté le 19 mars 1921 par celles qui vont devenir les Roamer Girls n’est autre qu’une équipe représentant une autre paroisse, la Olivet Baptist Church Cosmopolitans. Un match disputé au Eighth Regiment Armory de Chicago. Un bâtiment historique pour les Afro-américains de la Windy City, qui va également peser dans le développement du basketball au sein de cette communauté.

Bien entendu, les blazes des joueuses des Roamers sont moins évocateurs que ceux de Elena Delle Donne, Sylvia Fowles ou Candice Dupree qui ont laissé leur empreinte dans l’Illinois en jouant pour le Chicago Sky, mais cela ne signifie pas que le talent n’est pas présent. Petit rappel pour les esprits chagrins qui considèrent que dans les années cinquante des fermiers jouaient en NBA – on n’ose donc pas trop imaginer comment ils voient cette période encore plus lointaine – on remet volontairement les qualités des joueuses de l’époque dans leur contexte, celui d’un basketball encore à ses balbutiements. Ces dames surclassent leurs adversaires. Izzy Channels, la right forward – les filles à l’époques jouent à 6 contre 6 et les postes sont stricts – est la tête d’affiche qui selon la presse locale ne se contente pas d’envoyer du lourd balle en main mais aussi d’avoir la langue bien pendue pour chambrer ses concurrentes. Et qui accessoirement brille aussi sur les courts de tennis, avec quatre titres de championne ATA, la fédération pour les Afro-américains.

Si la petite balle jaune est ségréguée, il n’en va pas de même pour celle plus grosse et orange. Du moins à Chicago. Au milieu des années vingt, les Chicago Roamers affrontent des équipes blanches au sein de la Chicago City Basketball League. Le basketball féminin prend tellement d’ampleur que les Roamer Girls commencent même à sortir de Chi-town pour affronter de nouveaux adversaires avec même quelques tournées à l’aube des thirties.

Malheureusement, cela correspond aussi au moment où les Chicago Roamers perdent de leur superbe. Comme pour les Wabash Outlaws – même si l’aventure des filles est plus longue – certaines joueuses quittent l’équipe. D’autres Black Fives féminins pointent le bout de leur nez et viennent d’ailleurs se servir chez les Roamer Girls. Les Savoy Colts puis les Chocolate Co-Eds deviennent les boss tandis que les Chicago Roamers disparaissent au début des années trente.

Source : Black Fives Foundation


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