Tactique : les Spurs font-ils trop de prises à deux sur Shai Gilgeous-Alexander ?
Le 24 mai 2026 à 11:19 par Nicolas Meichel

Auteur de 12 passes décisives dans le Game 3 et 11 de moyenne sur l’ensemble de la série, Shai Gilgeous-Alexander sanctionne les prises à deux des Spurs, trouvant ses coéquipiers qui se régalent offensivement. Mitch Johnson et le staff de San Antonio doivent-ils adapter leur stratégie défensive ?
Quand on regarde la ligne de stats de Shai Gilgeous-Alexander face aux Spurs, et qu’on voit qu’il tourne « seulement » à 26,7 points de moyenne à 39% au tir, on se dit que San Antonio peut difficilement faire un meilleur boulot défensif sur le double MVP de la NBA.
Mais ça, c’est sans prendre en compte le playmaking de SGA, qui était assez exceptionnel dans le Game 3.
Le playmaking de Shai Gilgeous-Alexander…
12 passes pour 2 TO cette nuit, 35 assists pour 7 pertes de balle sur la série, c’est FORT.
Oui il peut être agaçant, oui ça floppe, mais la dimension qu’il a prise pour punir la pression adverse, pfiou !pic.twitter.com/ty3b8X014x
— TrashTalk (@TrashTalk_fr) May 23, 2026
Il y a deux semaines, le coach du Thunder Mark Daigneault résumait parfaitement l’impact que pouvait avoir son arrière quand il est ciblé par la défense adverse (en l’occurrence, les Lakers au tour précédent) et qu’il fait jouer ses copains.
« Il y a différentes manières d’avoir beaucoup d’impact. Parlons des prises à deux. Tous les autres joueurs de l’équipe jouent avec un avantage quand il est pris à deux et qu’il lâche la balle. La confiance, l’agressivité (des autres joueurs), c’est le résultat direct des prises à deux. Et il y a le facteur fatigue, car cela demande de beaucoup courir en défense quand vous doublez un joueur. L’effet domino des prises à deux, c’est énorme. »
Le facteur fatigue, il commence à se voir du côté des Spurs, surtout face à la profondeur exceptionnelle d’Oklahoma City autour de Shai Gilgeous-Alexander. Et des joueurs qui jouent avec confiance et qui se montrent agressifs autour de SGA, il y en a plusieurs sur cette série : Jaylin Williams, Jared McCain, Cason Wallace et bien évidemment Alex Caruso (21 points de moyenne contre les Spurs, 61% à 3-points avec 4,7 ficelles par match !).
Regardons de plus près ce que ça donne au niveau des chiffres :
The Spurs have double-teamed Shai Gilgeous-Alexander 53 times already in the WCF, but should they dial it back?
OKC is averaging more points per play and creating more open looks when SGA gets trapped this series. pic.twitter.com/XViI9FXRAr
— ESPN Insights (@ESPNInsights) May 22, 2026
Quand Shai Gilgeous-Alexander est doublé, le Thunder marque environ 1,21 point par possession face aux Spurs, et plus globalement sur l’ensemble des Playoffs (1,22). C’est un chiffre assez énorme. Pour vous donner une meilleure illustration, Oklahoma City posséderait la meilleure attaque de toute la NBA cette saison si on élargit ce chiffre sur un total de 100 possessions par match. Tout ça contre l’une des défenses les plus redoutables de la Ligue.
Cela symbolise avant tout les grands progrès réalisés par Shai Gilgeous-Alexander au playmaking ces deux dernières années : les bonnes lectures, la passe dans le bon timing, mais aussi la maturité et la lucidité de bien lâcher la gonfle. Réputé avant tout pour ses capacités à scorer et chercher les fautes, SGA est capable de changer de mode quand la défense adverse le force à le faire. Et cette adaptation, pour le bien collectif, c’est le signe des plus grands.
Avec 12 passes décisives pour 2 pertes de balle au Game 3, et 35 assists pour 7 turnovers sur l’ensemble de la série face aux Spurs, SGA est en train de sortir une masterclass à la création. Mais son impact global est encore plus grand que les chiffres ci-dessus. D’après l’analyste Carson Breber, Shai est également en tête de la NBA au nombre de « hockey assists » (la passe avant la passe décisive) par match avec 2,2 en Playoffs, ainsi qu’au nombre « d’assists potentiels » (une passe qui aurait été décisive en cas de panier mais le shoot a été raté) avec 15,5. Le Thunder est aussi l’équipe qui a le plus de shoots ouverts par match sur les Playoffs 2026 (26,4 en moyenne). L’effet SGA.
Choisir son poison : SGA en 1v1 ou l’effet des prises à deux ?
En NBA, l’avantage ultime pour une attaque est de pouvoir provoquer une prise à deux adverse, soit en insistant sur un joueur faible en défense, soit en ayant un joueur all-time en attaque (genre SGA), afin de jouer à 4 contre 3 et profiter de ce surnombre. Vous l’avez compris, l’attaque d’OKC est aujourd’hui plus efficace et plus fluide quand Shai Gilgeous-Alexander est doublé par les Spurs.
De quoi se poser la question suivante : est-ce que San Antonio ne devrait pas se montrer… moins agressif sur le MVP ?
Dit comme ça, ça peut paraître contre-productif et paradoxal. Shai est l’un des meilleurs joueurs en un-contre-un de la NBA, un scoreur exceptionnel qui peut cuisiner n’importe quel adversaire. D’instinct, toutes les défenses veulent limiter son rendement et lui rendre la tâche la plus difficile possible. Mais quand vous avez un collectif tout entier qui est sublimé par l’attention portée à SGA, avec des role players qui prennent feu, pas sûr que ce soit la stratégie la plus adaptée pour espérer gagner. C’est un peu le même dilemme qu’avec Nikola Jokic.
La question est d’autant plus pertinente que les Spurs ont des défenseurs solides sur l’homme, tout particulièrement Stephon Castle, qui peuvent tenter de limiter SGA sans forcément avoir besoin d’une aide constante. Gilgeous-Alexander, pour toutes ses qualités, n’est pas non plus un shooteur à 3-points élite, loin de là sur ces Playoffs (31% de réussite).
« C’est le dilemme qui vous empêche de dormir la nuit. Vous voulez limiter un aspect, et vous êtes sanctionné sur un autre aspect, et inversement. On peut vite tourner en rond. C’est un grand joueur. Sur quelques assists l’autre soir, on aurait pu mieux exécuter (en défense). Mais c’est un équilibre délicat. On va voir comment s’ajuster et faire mieux. » – Mitch Johnson, sur la stratégie défensive contre SGA
Si le Thunder n’est pas forcément réputé pour son adresse extérieure, force est de constater qu’aujourd’hui OKC fait payer les Spurs à 3-points (39,4% sur la série). La profondeur de cette équipe est telle qu’il y a toujours au moins un joueur qui peut être dans un grand soir, surtout quand il peut profiter des espaces créés par SGA.
On verra ce que Mitch Johnson et son staff vont mettre en place pour le Game 4 : moins de prises à deux sur SGA ? Mieux choisir les moments pour le doubler, notamment selon les joueurs alignés autour de Shai ? Tactique similaire en espérant que l’adresse d’OKC chute naturellement ?
Réponse la nuit prochaine, à partir de 2h du matin !
